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Hervé Mestron

Bilan de résidence à la Villa Marguerite Yourcenar. Octobre 2009.

    Nous sommes en novembre. Je viens de recevoir une lettre chaleureuse du directeur de la Villa Marguerite Yourcenar, monsieur Achmy Halley. Je vous communique le passage le plus émouvant. « Cher Hervé Mestron, vous venez d’effectuer une résidence à la Villa Marguerite Yourcenar. J’espère que vous avez passé un agréable et fructueux séjour qui vous aura permis de mener à bien un projet d’écriture qui vous tient à cœur. » Il est attristé par mon départ, cela se sent, je ne sais pas, dans la ponctuation peut-être ou dans la façon qu’il a d’écrire mon nom, le mien, le vrai, celui que je n’ai jamais cessé de porter. Au Mont Noir, c’est une véritable Résidence, sans doute la seule en France proposant un contrat limpide. On vous paie pour écrire, notre mission est de vous aider, alors écrivez.

Je suis arrivé dans un piteux état, très mal aux lombaires, et je suis resté quelques jours allongé, en me disant que j’aurais dû apporter mon lecteur dvd. Je me levais pour faire des pompes (faux) et me recouchais (exact). Je n’avais pas de projet littéraire précis. Je m’en foutais, j’étais bien, allongé. Le soir, la gouvernante nous préparait à manger. Elle a tout de suite vu que j’étais quelqu’un de « l’apéritif ». Je ne fais pas partie de ces auteurs qui descendent pour aussitôt glisser les pieds sous la table. Au bout de quelques jours, j’ai trouvé le décor de mon futur roman. L’apéritif commençait à faire effet. Je sentais des choses, des frissons. Dans ce décor il y avait moi. C’était moi dans le décor de la Villa Marguerite Yourcenar. L’écriture me semblait incroyablement proche. J’allais toucher l’autofiction et assouvir mes penchants introspectifs, le grand déballage quoi, dans la haute tradition littéraire : fabriquer du on avec du je. Après tout, j’étais là pour ça, administrativement, j’étais couvert. Pour autant, j’éprouvais des difficultés à écrire exactement ce que je faisais à la Villa. Je passais mes journées en pantoufles/pyjama, comme un petit vieux, en attendant le repas du soir. C’était maigre pour un roman. Des auteurs émérites avaient dormi dans mon lit, je n’osais pas ronfler de peur de réveiller les fantômes. Je me sentais observé. Moi Hervé je me sentais observé par Moi Hervé en train de chercher le fil de la bobine. C’était très fatigant. Je ne pouvais sans doute pas cumuler les fonctions. Et puis je manquais de peps pour jouer sur les deux tableaux : auteur du roman et personnage principal du même roman. En cette période de crise, c’était un peu osé. Forcément, je piquais la place de quelqu’un. C’était peut-être, en outre, une fausse bonne idée que de vouloir absolument planter le décor ici, dans ce manoir hitchcockien. Puis au moment où je m’y attendais le moins, le personnage s’est imposé. Ni beau ni laid, ni con ni spécialement futé, bref, un personnage qui m’allait bien, un peu comme mon pyjama. Je l’ai laissé entrer, s’installer, creuser ma tombe, trinquer avec les phrases, composer les questions et les réponses. Moi j’étais bien, planqué derrière lui, totalement assisté. C’était une sorte de déambulateur dont les pieds caoutchoutés crissaient sur le carrelage de la Villa. Parfois je quittais mon pyjama pour aller boire une bière à la frontière belge. Et dans ces moments, c’était lui qui me suivait. Le personnage. Et je trinquais, seul, aux bonheurs furtifs de l’existence.

La lettre du directeur s’achève ainsi. « Dans l’attente d’avoir le plaisir de vous lire et en espérant vous revoir prochainement au Mont Noir, je vous prie d’accepter, cher Hervé Mestron, au nom de toute l’équipe de la Villa, mes salutations cordiales ».

Et voici ma réponse : « Cher monsieur le directeur, laissez-moi juste le temps de trouver un nouveau pyjama et je saute dans le premier train ».

 

                                                                                                                             Hervé Mestron

  La villa du Mont-Noir


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